LA
STATION LUNE - dans le Triptyque Astrologique de Dane RUDHYAR
"La première chose à
faire c'est partir : c'est le commencement et la base de toute aventure.
Il faut ensuite trouver la direction à prendre.
Elle doit nous conduire loin de ce que nous sommes au départ, loin de toutes nos occupations
coutumières : une réorientation radicale est nécéssaire.
Le symbole de ce premier pas dans notre aventure est la Lune. Il nous faut atteindre la "face
cachée de la Lune". Elle deviendra une plateforme où nous pourrons
inspecter le système solaire tout entier. Nous pourrons l'observer d'un
point de vue non plus géocentrique (centré sur la terre), mais
héliocentrique (centré sur le Soleil), en prenant comme base l'orbite de notre
satellite qui définit les frontières de la Terre en tant que tout planétaire
- ce que les anciens appelaient la sphère sublunaire
ou le monde astral. Une fois cette sphère dépassée, notre champ de vision cesse
d'être géocentrique : il devient, au moins virtuellement,
héliocentrique. Et nous pouvons dès lors considérer le système solaire comme le
champ d'activité cosmique défini par les frontières que délimite
l'orbite de Saturne.
Au sens symbolique le plus profond, la Lune représente le sens primordial - le
sentiment presque instinctif - d'être quelqu'un qui affronte un
environnement complexe auquel il réagit de manière
spontannée, organique et caractéristique. C'est la base première du sens ou sentiment d'égo
; mais la structure réelle de l'égo, en tant que facteur psychologique
défini, ne se développe que par rapport aux pressions de
l'environnement familial et social. Saturne, avec ses anneaux, symbolise cette
structure qui définit les réponses particulières de chacun
aux contraintes et exigences de la vie
quotidienne.
C'est à ce niveau lunaire de conscience, où nous nous sentons une personne avec un
caractère défini, que nous devons commencer notre pèlerinage vers les
étoiles. Il faut mettre en question ce sentiment
d'être un moi, examiner son mode d'opération avec un sens critique. Il faut contester la valeur
des formes rigides qu'il a sans doute prises sous l'influence de
Saturne - influence d'une famille d'une religion, d'une culture et d'un
environnement social définis ; mais cela ne veut pas dire que le sens
d'égo va se dissiper, loin de là ! Ce qui est en jeu, c'est seulment la
nécéssité de "considérer" objectivement l'origine de ce moi et la façon dont
il a pris une forme déterminée, en tant que cadre de référence qui
contrôle la plupart des réactions personnelles.
"Con-sidérer" signifie littéralement, "avec les étoiles" (cum sidera) - éthymologie révélatrice
! Considérer un fait, c'est tâcher de découvrir la position et la
signification qu'il a par rapport à l'univers tout entier. Ce n'est pas seulement en
prendre connaissance comme si c'était une entité isolée, mais bien
plus l'intégrer dans un ensemble beaucoup plus vaste où il remplit une
fonction organique. Lorsque notre consciencede l'univers passe du
niveau centré sur la Terre au niveau centré sur le
Soleil, nous "re-considérons" notre planète ; nous la voyons commepartie intégrante du
système solaire. Un pas de plus et nous en venonsà considérer le système
solaire tout entier comme une entité complexe qui occupe une place
définie dans notre Galaxie, la Voie Lactée. Ce changement de
perspective n'est possible que si l'on reconsidère aussi la signification qu'a
l'existence humaine sur la Terre. C'est là la première étape sur la
Route Illuminée : une réorientation radicale de la conscience de soi et de
sa valeur. Symboliquement, c'est accepter consciemment et
irrévocablement une position nouvelle, non plus seulement à la surface
de la Terre, mais par rapport au champ d'action immense du système
solaire. (Lire aussi "la conscience de l'Atome" d'A.A. Bailey)
Du point de vue symbolique que nous utilisons, ce changement de perspective transforme
la nature du rapport entre la Lune et Saturne - point détaillé à la
station saturne). La connexion entre la Lune et Saturne doit être
remplacée, au moins partiellement et dans l'idéal, par la réalisation intense
et ardente de la relation esentielle qui lie la Lune au Soleil. La Lune
devient alors la porte d'entrée, axée sur le Soleil, du système solaire dans son
ensemble.
Pour le primitif, le Lune et le Soleil représentent les deux polarités
de la
vie ; mais cette expérience est presque entièrement inconsciente au niveau de l'animal et
même de l'état tribal. La Lune et le Soleil sont les deux "luminaires" qui
éclairent les expériences nocturnes et diurnes.
L'être humain répond passivement à ce rythme soli-lunaire, simplement parce qu'il
vit dans la biosphère terrestre. L'homme adore le Soleil, mais n'a pas
conscience du système solaire en tant que
champ d'activité cosmique. Il est totalement dominé par les forces vitales et par le fait
d'exister sur la Terre : cette vie, cette Terre, occupent le centre de
son être conscient. Peu à peu cependant, sous
l'influence symbolique de Saturne, il se sent de plus en plus une personne avec un
caractère particulier - un moi séparé d'autres "moi".
Tout en restant attaché à la Terre, il passe d'un état "bio-centrique" à un état "égo-centrique".
A ce stade préliminaire de la grande aventure sur la Route Illuminée, l'être humain est prêt à
commencer son long et périlleux voyage vers les étoiles ; il s'est
libéré de l'étreinte étouffante de Saturne et s'est délibérément tourné vers
le Soleil. Il commence à "sentir" de façon encore obscure et
incertaine -l'existence d'une Route Illuminée et la relation qu'elle a avec
les pulsations primordiales de la vie, c'est-à-dire les mouvements
centrifuge et centripète dont j'ai déjà parlé. La conscience humaine
maintenant individualisée, se rend peu à peu compte qu'il y a un
troisième mouvement qui part du "Coeur du Soleil" (1) vers le centre de la
galaxie. Cette Route Illuminée est ce que les
philosophes mystiques ont appelé le Chemin de Retour. Considérons d'un point
de vue héliocentrique les deux mouvements de la force vitale : le
premier représente un rayonnement centrifuge d'énergie formatrice qui
part du Soleil et se termine à l'orbite de Saturne (2), le second
résulte du rebondissement de cette activité formatrice, en
résonnance puissante tournée maintenant vers le Soleil, l'énergie vitale
transformée élabore des structures mentales et des institutions sociales.
Ces deux mouvements constituent une oscillation perpétuelle,
une circulation de l'énergie solaire. L'activité centrifuge et la
conscience tournée vers le centre de l'être agissent et réagissent l'une sur
l'autre, jusqu'au moment où le cycle de la vie se termine dans
l'épuisement de son potentiel énergétique, et l'organisme se désintègre. Pour le
boudhisme, c'est la Roue de la vie et de la mort,
Samsara.
Pour l'homme il y a toutefois une possibilité d'un troisième mouvement ; et çà et là des
individus y répondent. Il s'affranchissent du rythme de l'énergie vitale qui
circule au niveau de la Lune et, après avoir réorienté leur vie affective, ils
peuvent observer le déclin du pouvoir saturnien "égo-centrique", tandis
que s'affirme de plus en plus la puissance solaire
"hélio-centrique". Ils commencent à sentir, à penser, à agir comme si le centre de
leur être était établi dans le Coeur du Soleil. Et là, dans ce Coeur
solaire qui n'est que lumière résonnant aux rythmes infiniment plus vastes
de la Galaxie, ils s'identifient à un "Rayon solaire" qui, bien
au-delà de Saturne, peut atteindre le centre galactique. Pour un
esprit humain capable de concevoir des espaces cosmiques mesurés en
années-lumière, ce centre devient maintenant le symbole concret de la
puissance cosmique qui se dissimulait jusqu'à
nos jours sous le terme "Dieu, notre Dieu.
La Route Illumlinée est le chemin suivi par le Rayon solaire, ce Rayon qui relie un Soleil (qui
est aussi une étoile) au centre galactique. Nul ne peut s'avancer sur ce
chemin s'il n'a pas réorienté son sentiment d'identité personnelle,
en s'affranchissant des schémas égocentriques saturniens et en se
soumettant au pouvoir du Soleil. C'est alors, et alors seulement, que le
Soleil peut être considéré comme symbolisant l'âme de l'individu
libéré - une âme maintenant individuelle et unique.
La substance même de ce chemin est faite de lumière ; mais les fantômes d'un passé
égocentrique et géocentrique peuvent encore y>projeter des ombres
sinistres et entravent la joie. Le destin du voyageurdépend entièrement de sa
foi, de son courage, et de sa capacité desurmonter le pouvoir
torturant de la peur et de l'isolement apparent,sans dévier du chemin
tracé par la Rayon solaire.
Sur ce chemin, l'âme s'avance toute seule, bien que ce sentiment d'isolement soit la
grande illusion. Tout soleil doit se sentir solitaire jusqu'au moment où le
Rayon solaire traverse les frontières saturniennes. Tout
individu vraiment autonomme doit découvrir de lui-même et pour lui-même le
chemin de l'Etoile, symbole de la place qu'il occupe et de la fonction
qu'il remplit dans le grand Tout galactique : son “identité"
spirituelle et cosmique.
La présence de cette étoile n'apparaît que lorsque l'individu à la conscience réorientée et
renouvelée contemple le ciel immense, clair et froid derrière la face
cachée de la Pleine Lune. Derrière lui, le Soleil ; devant lui, son Etoile.
Mais personne ne peut atteindre directement cette étoile, si ce
n'est pour l'identification à ce Rayon solaire qui est lumière et amour - un
amour transfiguré par la lumière qui s'épanche du Coeur du Soleil.
Ainsi, l'individu qui fait face au ciel lunaire rempli d'étoiles se trouve
confronté à un paradoxe fondamental : le chemin qui pourrait le conduire
à son étoile part au début dans la direction opposée. Il doit oublier
cette étoile et se mettre à la recherche du rayon
solaire, seul guide auquel il peut se fier. Il ne peut atteindre son
Etoile
que s'il est Un avec un Rayon solaire. Le Soi-Etoile ne peut être
atteint
que dans l'abandon du moi et le don total au Rayon solaire, c'est à dire à la puissance radieuse
de l'âme devenue Soleil.
Tout au long de la Route Illuminée, l'esprit humain se voit confronté à des paradoxes. Après
avoir quitté le Coeur du soleil et au cours de son voyage vers l'étoile,
l'esprit passe par les mêmes étapes que la force vitale lors de
l'établissement des formes existentielles et du développement de la
conscience personnelle. Ces étapes, nous pouvons les associer
symboliquement aux planètes du système solaire; mais elles représentent
maintenant un aspect foncièrement différent de
la réalité. Elles nous apparaissent alors comme des stations sur la Route Illuminée.
Pour l'esprit égocentrique de l'homme moyen, ces stations peuvent paraître un "Chemin de
Croix" qui mène inévitablement au Golgotha et la Route Illuminée prend
l'aspect d'une Via dolorosa. Mais pour celui qui a totalement
réorienté ses émotions et sa foi, pour celui qui est devenu, au plus profond
de son être, la Route Illuminée elle-même, le sentier où il avance est
un chemin embrasé, une Via ardens - un sentier de feu qui
irradie une lumière troublante et mystérieuse, alors que le regard du
voyageur est rivé sur l'Etoile.
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(1) Le terme "Coeur du Soleil" est tout à fait symbolique. Il se
rapporte à
une réalité mystérieuse qui nous semble cachée par la zone des rayonnements atomiques
qui constituent la photosphère. Cette réalité est celle du Soleil en
tant qu'étoile. Cet état d'étoile diffère radicalement de celui de
Soleil, en tant qu'origine et centre d'un système planétaire. Ces
deux façons d'interprétér le caractère du Soleil
sont très importantes dans ce livre et sont développées dans un autre volume, “La dimension
galactique de l’astrologie” - au chapitre “Le Soleil est aussi une
étoile”.
2) Les planètes trans-saturniennes, au-delà des frontières définies par cette orbite,
n'appartiennent pas précisément au système solaire, ainsi que je l'ai déjà indiqué
dans le livre "La pratique de l'astrologie" et aussi dans le plus récent "La
dimension galactique de l'astrologie".
Dane Rudhyar.