Samuel
Djian, disciple direct de Dane Rudhyar, nous éclaire sur le sens de
l'astrologie "humaniste". Voilà ce qu'il nous dit :
"Les différents
sens du mot "humaniste" qui ont été soulignés peuvent
sans doute être
appliqués à l'astrologie humaniste, mais le propos de
Rudhyar, en la
qualifiant ainsi, n'était pas précisément de lui
attribuer le sens
habituel du dictionnaire, bien que le terme
d'humanisme en
tant qu'idéal de paix et de justice entre les hommes
puisse aussi
s'appliquer dans ce sens (cf la définition qu'en donne Le
Petit Robert : "Toute théorie
ou doctrine qui prend pour fin la
personnalité
humaine et son épanouissement").
Dans sa démarche
pour reformuler une astrologie de l'évolution,
Rudhyar a donné,
à son approche, différents noms suivant les époques
et suivant le
développement de sa pensée. Par exemple, dans les années
30-40, il l'a
appelée "astrologie harmonique" parce que, pour lui,
l'astrologie est
destinée à révéler "l'harmonie de la personne
totale". Dans le
courant des années 60, il l'a appelée "astrologie
centrée sur la
personne" (qui est aussi le titre de l'un de ses
livres, non
traduit en français) par contraste (et non par opposition!)
avec ce
qu'il appelait l'astrologie "centrée sur l'évènement". "Les
évènements
n'arrivent pas à une personne, mais plutôt la personne
arrive aux
évènements, c'est-à-dire le sens que la personne donne à un
évènement et la
réponse qu'elle lui apporte sont plus importants que
la nature
spécifique de l'évènement en soi" (Leyla Rael). Cette
définition résume
bien le propos de l'astrologie de Rudhyar. Bien que
l'on puisse
effectivement définir la nature d'un évènement d'une
manière technique
(d'où, à mon avis la nécessité, pour un astrologue
humaniste, de
posséder de bonnes bases "traditionnelles"), ce qui est
important c'est
de savoir en quoi cet évènement nous amène à réfléchir
sur le sens de
notre vie, quelles réponses nous lui donnons et en quoi
nous pouvons nous
améliorer et grandir en conscience. En quoi,
l'évènement qui
nous arrive est l'expression de la nécessité d'une
transformation
intérieure pour une plus grande harmonie extérieure.
Ici, nous pouvons
nous référer à Jung et au processus d'intégration de
la personnalité
qui est une étape importante du processus
d'individuation
(Rudhyar, lui, parle, dans une vision peut-être plus
"spirituelle" de
"processus d'individualisation").
Sur ces bases, à
la fin des années 60, Rudhyar parla alors
d'astrologie
"humaniste". Comme une approche essentielle du travail de
Rudhyar porte sur
la psychologie (voir ses livres "Approche
astrologique des
complexes psychologiques" et "Astrologie et psyché
moderne"), il
était très intéressé par les différentes écoles dans ce
domaine. A la fin
des années 60 émergea aux Etats-Unis un mouvement
appelé
"psychologie humaniste" initié par des hommes comme Abraham
Maslow, connu
pour sa pyramide des besoins (voir son livre "Vers une
psychologie de
l'être"), Carl Rogers, Victor Frankl, Alan Watts, etc.
La psychologie
humaniste voulait être une "troisième force", située
entre la
psychanalyse freudienne et le behaviorisme statistique et
expérimental.
Elle était fondée sur la nécessité de prendre l'homme
dans sa globalité
et de reconnaître que les moments de crise sont des
moments de
croissance et d'évolution potentielles. Rudhyar, qui
connaissaient
personnellement la plupart des acteurs de la psychologie
humaniste
puisque, tous, tout comme lui, oeuvrait à l'évolution de la
conscience, y vit
une adéquation avec son travail en astrologie et
appela, de ce
fait, son astrologie "astrologie humaniste".
L'astrologie
humaniste est, au monde de l'astrologie, ce que la
psychologie
humaniste est au monde de la psychologie.
Par la suite, sur
les bases de la psychologie humaniste se développa
la psychologie
"transpersonnelle", souvent initiée par les fondateurs
de la psychologie
humaniste. Cette approche, sans bien sûr renier le
travail premier
mais en étant un prolongement, désire prendre en
compte, de
manière plus manifeste encore, le besoin spirituel de
transcendance
présent à chaque homme, ce que Roberto Assagioli,
fondateur de la
Psychosynthèse, ami de Rudhyar et contemporain de
Jung, a appelé
"le besoin du sublime". Dans "Approche astrologique des
complexes
psychologiques", Rudhyar parle de "besoin de transcendance".
C'est parce que
l'homme matérialiste ne répond pas à cet appel qu'il
est confronté à
tous les problèmes psychologiques et matériels que nous
lui connaissons.
Voici ce qu'écrit
encore Leila Rael : "Comme les pionniers du
mouvement
humaniste en psychologie, Rudhyar réalisa les limitations et
omissions liées à
une approche strictement humaniste de l'astrologie".
Il développa donc
le concept d'astrologie transpersonnelle au début
des années 70
(voir "De l'astrologie humaniste à l'astrologie
transpersonnelle",
livre non traduit en français). "L'astrologie
transpersonnelle
s'adresse aux individus qui réalisent que la simple
satisfaction de
la croissance et de l'accomplissement de leur
individualité à
un niveau strictement personnel ou culturel n'est pas
une fin en soi".
Donc sur les bases de l'astrologie humaniste qui
permet de
comprendre ce que signifie l'intégration de la personnalité
à un niveau
personnel, l'astrologie transpersonnelle permet d'éclairer
le chemin de
l'individu vers une réalisation transcendante de
lui-même.
Ainsi, à chacun
des niveaux de conscience où nous nous situons face à
la vie et aux
choix que nous faisons, correspond une forme
d'astrologie
appropriée où les mêmes symboles sont interprétés dans
une perspective
différente tout en ayant le même fondement commun.
En espérant que
ces quelques explications (car cela demanderait à être
développé, bien
sûr) puissent clarifier la compréhension que l'on peut
avoir de
l'astrologie humaniste..."
Samuel
Djian